Le Canada sort affaibli du vote au Conseil de sécurité (Article in French)
Écarté pour la première fois par un vote pour obtenir un siège au Conseil de sécurité de l’ONU, le Canada voit son étoile pâlir sur la scène internationale.
C’est le constat que dresse l’ex-sous-secrétaire aux Nations unies, Louise Fréchette. «Ça va diminuer le Canada aux yeux du monde, a-t-elle confié lors d’un entretien téléphonique. Tache noire, je ne sais pas. Ça envoie le message qu’à vrai dire, on n’est pas aussi importants que ça, a-t-elle poursuivi. Ça nous diminue sur la scène internationale. Ce n’est pas à notre avantage.
À la veille d’un troisième tour de scrutin qui s’annonçait difficile, le Canada a concédé la victoire au Portugal mardi en se retirant de la course. L’Allemagne a remporté au premier tout l’autre siège convoité au Conseil de sécurité pour la région de l’Europe de l’Ouest et des autres États occidentaux.
Le Canada, qui avait toujours gagné un siège non permanent au Conseil de sécurité lorsqu’il en a eu la chance tous les dix ans, n’avait jamais perdu de vote depuis 1948. À quoi attribuer cette défaite?
Pour l’ex-numéro deux de l’ONU, il s’agit d’une combinaison de facteurs, dont notamment la position du Canada sur les changements climatiques par exemple qui n’ont peut-être pas aidé notre réputation et du retrait du Canada des Nations unies et des relations internationales en général.
Quand on était à la Conférence de Copenhague (sur les changements climatiques), on n’a pas fait bonne figure, nous qui avions la réputation d’un pays vert. Dans le domaine de l’environnement, on a toujours eu des positions très progressistes et tout à coup, on s’est retrouvé dans la boîte des mauvais élèves. Je suis convaincue que ç’a joué.
Autre faux pas, le Canada a très mal géré le dossier de l’Afrique en annonçant maladroitement qu’on allait s’intéresser moins à l’Afrique et qu’on allait faire plus en Amérique latine. En réalité, toutefois, le Canada continuait de piloter plusieurs dossiers en Afrique, rappelle Mme Fréchette.
Somme toute, ce retrait des affaires internationales s’explique par un climat d’instabilité généré par une succession de gouvernements minoritaires, d’abord celui de Paul Martin et ceux de Stephen Harper, croit Mme Fréchette, actuellement associée au Centre pour l’innovation dans la gouvernance internationale.
Ce repli sur soi n’a pas laissé beaucoup de place à la politique étrangère, ni aux voyages à l’étranger des ministres des Affaires étrangères qui ont eu du mal à s’imposer, souligne Mme Fréchette.
On a toujours été un pays très actif, plutôt entreprenant en politique étrangère, avance l’ex-numéro deux de l’ONU. On prenait des initiatives, on était très visibles et les gens appréciaient notre rôle. Or, depuis quelques années, on est moins présents.