Le G20 repousse la réforme des changes à 2011 (In French)
Séoul a repris une vie normale. Vendredi soir, quelques heures après la fin du sommet du G20, la circulation a repris autour du Coex, le centre de congrès qui accueillait la cinquième réunion du genre depuis celle de Washington fin 2008. La barrière de fer qui le protégeait des manifestants, hier absents, a été en bonne partie démontée. Les chauffeurs de taxi n’ont plus l’obligation, sous peine d’amende, d’avoir les cheveux propres et d’être bien habillés.
De leur côté, les membres du G20 ont partagé un dernier repas, mais pas pour fêter leur réconciliation sur les taux de changes et les déséquilibres extérieurs de leurs économies. Deux sujets qui jusqu’à jeudi soir ont déclenché une série d’attaques publiques. En particulier, les Etats-Unis appelaient la Chine à réévaluer le yuan. Ils voulaient en outre limiter ses excédents commerciaux, ce qui déplaisait aussi à l’Allemagne, l’autre plus grand pays exportateur. De nombreux membres du G20 reprochaient par ailleurs à Washington de mener une politique de dévaluation compétitive du dollar.
Selon le communiqué final, les économies avancées […] vont être vigilantes face aux excès de volatilité et aux fluctuations désordonnées des taux de change. Ces actions aideront à réduire le risque d’une volatilité excessive des flux de capitaux auxquels font face certains pays émergents. Cela n’a pas empêché le jeu des déclarations de reprendre dès la fin du sommet. Le président américain a lancé que le yuan est sous-évalué […] et la Chine dépense d’énormes sommes d’argent pour le maintenir à son cours actuel.
Le G20 a décidé de renvoyer la réforme du système monétaire international à l’année prochaine et à la France qui présidera alors ce collège informel où siègent en réalité plus de vingt pays. Le prochain sommet se tiendra début novembre 2011 à Cannes, a indiqué Nicolas Sarkozy. Le président français a aussi annoncé la tenue d’une réunion sur les changes en Chine au printemps. Il a par ailleurs déclaré que la Suisse en matière monétaire, ça compte», et qu’il est très important [qu’elle] soit invitée aux séances de travail, refusant cependant de lui faire une place à la table du G20.
Concernant les déséquilibres des comptes courants, le G20 renvoie la balle au Fonds monétaire international (FMI), chargé d’élaborer une série d’indicateurs pour mieux les identifier et les traiter.
Au moins, ils n’ont pas envenimé les choses, philosophe Cédric Tille. Le professeur d’économie à l’IHEID à Genève constate aussi un statu quo sur la question de l’assainissement des finances publiques.
Match nul sur les deux sujets qui fâchaient, s’amuse Daniel Schwanen, économiste au CIGI, un centre de réflexion canadien, présent à Séoul. Si j’étais chef d’entreprise, je me dirais que je n’ai aucune réponse aux questions qui me concernent maintenant, poursuit-il avant de tempérer. Il faut regarder ce que ce sommet a apporté comme soutien au libre-échange [ndlr: le Cycle de Doha fait l’objet d’une attention renouvelée] et au développement des économies à bas revenus. Pour Daniel Schwanen, c’est peut-être l’influence du G20 des affaires qui réunissaient à Séoul en milieu de semaine une centaine de patrons de grandes multinationales. Ces derniers avaient appelé le G20 à revitaliser le commerce mondial.
A l’initiative de la Corée du Sud, le G20 a introduit ce dernier thème à son agenda: le communiqué appelle Consensus de Séoul une approche qui lie le développement à une croissance partagée entre le Nord et le Sud. Un concept qui n’est pas neuf, mais qui au moins fait consensus au sein du G20, se réjouit Daniel Schwanen. Cédric Tille rappelle que l’ONU a depuis longtemps formulé des objectifs de développement. Il voit dans ce consensus une façon de changer de sujet alors que les autres dossiers sont bloqués.
Le G20 a changé, reconnaît Dominique Strauss-Kahn, le directeur général du FMI: dans la phase aiguë de la crise, la coopération s’imposait, [aujourd’hui] elle se fait sur une base volontaire.
Nous sommes les mauvais garçons qui demandent plus de coopération. Mais le FMI n’est pas un dictateur et n’a pas de police pour l’imposer, a-t-il regretté.